Pourquoi faire de la place aux h*mmes dans nos vies quand on est lesbiennes, bi ou hétérosexuelles ? Pourquoi écrire une thèse c'est comme tricoter ? Pourquoi la laine de bébé chameau c'est le truc le plus doux de la terre ? Vaste sommaire !
Il y a quelques semaines est sorti un manifeste du front d’action bisexuel. Je n’en ai pas parlé publiquement déjà parce que du tac au tac j’en pensais rien d’autre que des vannes de lesbiennes-bi-lgbt, ensuite parce que je ne voulais pas me placer en “ennemie” de ce collectif qui prend sa place en ligne sur Instagram et hors ligne également (et que je n’ai pas envie de critiquer au delà d’une certaine mesure, cela va sans dire). Mais voilà : il y a eu du Discourse (cc Foucault). Beaucoup, beaucoup de discourse, comme on adore le faire dans la communauté : les lesbiennes et les bi se chamaillent. Sauf que la chamaillerie entre ces identités est politique. Au centre de cette embrouille qui prend des formes diverses et variées depuis des décennies ? La place des hommes. Je ne ferais à personne l’affront d’une déformation professionnelle qui consisterait pour moi à produire une analyse du discours de leur manifeste et de leurs postes insta et des commentaires qui s’en sont suivis sur twitter… Je ne suis pas biphobe. Et/mais/donc je pense que les bisexuelles ne “piratent” pas “le couple hétéro de l’intérieur”. Déjà parce qu’un couple hétérosexuel est de facto violent et repose sur des dynamiques de pouvoir et de domination, c’est un fait (cc Wittig, cc Rich, cc toutes les théoriciennes des années 70). Ensuite parce que, putain, si elles ont la charge de pirater leur couple de l’intérieur, mais quel enfer. Je passe sur l’invisibilisation des bisexuelles dans la communauté et dans la société, et je passe aussi sur le passing des couples hétérosexuels avec des gens qui sont queer dedans (cf. leur post insta, je vous laisse bon soin d’aller chercher si ça vous intéresse). Je reviens à ce qui est au cœur de ma critique et qui franchement, me taraude et me trotte dans la tête depuis que j’ai lu leur post : en tant que lesbienne, je n’arrive pas à saisir qu’on puisse militer pour garder les hommes dans nos vies. Voilà c’est dit. J’ai osé. Et je le dis d’une position qui n’est pas celle d’une femme hétéro (cc Pauline Harmange) ni d’une femme bi. Une gouine. Une gouine qui ne comprend vraiment, mais alors vraiment pas du tout qu’il soit encore si inconcevable de repenser la place qu’on laisse, qu’on fait, qu’on accorde aux hommes dans nos vies. Et si c’est principalement dans le couple (dans toutes les configurations possibles, cc les polyamoureuxses et cie.) c’est dans la vie de façon globale, englobante, générale : dans ses amitiés, dans sa famille (de sang ou choisie), dans son travail (oui je sais, c’est impossible mais vous voyez l’idée), dans ses loisirs, dans ses lectures (cc Alice Coffin). Pourquoi faire de la place aux hommes ? J’emploie ici “faire” à dessein puisqu’il s’agit en effet d’un acte conscient, d’un verbe qui demande agentivité et récipiendaire (ou whatever, je suis plus chargée de TD ce semestre : “faire de la place à quelqu’un/quelque chose, vous comprenez l’enjeu). Pourquoi se donner cette tâche ? Le couple hétérosexuel c’est délétère. Désolée de mettre les pieds dans le plat. Je travaille depuis maintenant près de 5 ans sur les VSS et c’est le seul constat amer que je peux faire en lisant l’entièreté des travaux sur le sujet, la théorie féministe, les témoignages depuis et avant #MeToo, le procès Mazan, après avoir écouté les podcasts et écouté mes copines (que j’aime d’amour) se plaindre de leurs mecs, des violences symboliques et psychologiques qu’ils leur infligeaient. Bref, j’en ai gros sur la patate. Et j’ai un pessimiste nihiliste affligeant, je le sais. Mais mon conseil : devenez lesbienne. Virez les mecs hétéros de vos vies. Gardez les queers qui sont queers et les gays qui sont gays et les bi qui sont bi. Mais l’hétérosexualité, c’est ciao, comme dirait un des grands penseurs de notre siècle ! [Like si t’as la ref]
...